Denis Lessard
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Le 7 mai 2010 à 14 h 02, je suis monté à bord de l'autobus du circuit 24 (Sherbrooke) à la station de métro Villa-Maria. J'ai feuilleté des revues et essayé les échantillons de parfums dans l'autobus. Je suis descendu à la station de métro Sherbrooke à 15 h 15. J'ai repris l'autobus 24 à 15 h 50 en direction inverse, pour refaire les mêmes actions. Je suis descendu à l'angle des rues Sherbrooke et Victoria à 16 h 30. Assis plus loin dans l'autobus, Riaz Mehmood me servait d'accompagnateur et de témoin.

Le 8 mai 2010 à 11 h, je suis allé au comptoir des parfums pour hommes au sous-sol du magasin La Baie, en compagnie de Riaz Mehmood. Nous avons essayé plusieurs parfums et acheté deux coffrets, selon les conseils des vendeurs Frank et Nelly.

Le 8 mai 2010 à 13 h 45, je me suis rendu au Centre des arts actuels Skol, où j'ai de nouveau feuilleté des revues et essayé des échantillons de parfums. J'ai  placé des pages de revues avec des publicités de parfums au sol, à l'entrée de la galerie. J'ai découpé des bouteilles de parfums dans les revues et je les ai offertes aux visiteurs. Je me suis assis dans le couloir, à l'extérieur de la galerie, la tête dissimulée par des revues ouvertes aux pages arborant des publicités de parfums. L'action s'est terminée à 15 h 30.

 

Parfums, action furtive, mai 2010


Dans ma banale vie je fus un jour exalté de parfums
qu'exhalait le monde jusque là si fade. C'étaient les
troublants annonciateurs de l'amour.
Marcel Proust


En septembre 2007, la jeune femme assise à côté de moi dans l'avion Montréal-Calgary lit une revue de mode. Elle est habillée à la toute dernière mode. Elle détache soigneusement les rabats des publicités sur lesquels sont vaporisés des parfums; elle les respire, puis en frotte ses poignets, son cou et son visage, d'une manière de plus en plus frénétique, mélangeant toutes les essences. Je suis profondément bouleversé par ces gestes à la fois simples et énigmatiques, ambigus et sensuels, presque à la limite de la décence. Inscrits dans ma mémoire, ils me parlent de désir, de séduction et des excès de la société de consommation.

J'ai voulu recréer et interpréter ces gestes dans différents contextes. J'aime l'idée de plusieurs publics différents ou de l'absence de public. C'est pourquoi j'ai prévu plusieurs versions de cette action : dans l'autobus (la ligne 24, qui traverse les quartiers chics de Westmount et du centre-ville de Montréal, rue Sherbrooke); au comptoir de parfums pour hommes du grand magasin La Baie et à la galerie Skol, près du comptoir d'accueil, comme si je venais lire des revues pour tenir compagnie à la personne préposée à l'accueil. J'étais curieux de voir comment les différents contextes apporteraient des variations dans la signification des gestes.

Avec Parfums, je souhaitais amener ma démarche de performance dans le champ de la pratique furtive, ce qui constituait pour moi une nouvelle étape que je continue d'envisager avec beaucoup d'enthousiasme.